Faux souvenirs induits en psychothérapie et fausse mémoire

Les thérapeutes de la "mémoire retrouvée"

Qui sont les thérapeutes des TMR?

A voir: Le dossier de la TV australienne sur les thérapeutes et leurs techniques

- La télévision australienne ABC News a diffusé le 5 Avril 2010 une émission remarquable, de 45 minutes, sur les faux souvenirs et les thérapeutes "voyous". Les témoignages de "retractors" (les victimes qui sont revenues sur leurs accusations et ont retrouvé leurs familles) sont nombreux. Le Professeur Ian Hickie de l'Université de Sydney a accordé une interview de 10 minutes à Sarah Ferguson pour l'émission "Over the Edge". Il dit notamment:

"Nous ne permettons pas à des chirurgiens voyous de mettre en place leur activité dans leur garage. Nous ne permettons pas à des médecins malhonnêtes de prescrire des médicaments n’importe comment. De la même manière, nous devons être très clairs : les thérapies psychologiques peuvent faire du mal…."

Les principales scènes et extraits, traduits en français, sont dans notre dossier avec les photos de l'émission.
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N.B. Le dossier peut mettre un peu de temps à se charger, patientez quelques instants.

Les données générales

Les chiffres que nous indiquons ci-après sont issus des travaux de la MIVILUDES, donnés lors de la conférence sur les faux souvenirs induits à Viuz-en-Sallaz le 29 mai 2009, et lors du Colloque National du GEMPPI à Marseille le 3 octobre 2009.

Le domaine des psychothérapies est encore mal cerné en France

Il existe 50.000 psychothérapeutes connus, exerçant majoritairement en secteur libéral, dont une partie venant des professions de santé : médecins, psychiatres, infirmières, kinésithérapeutes… et le reste de provenances diverses, ne présentant pas toutes les garanties de professionnalisme et de qualité. l'INSEE recense 30.000 psychothérapeutes, la FF2P en dénombre 15.000.

La répartition en est le suivante:

- 20% sont médecins ou psychiatres

- 20% sont psychologues au niveau Master+2

- 20% sont psychanalystes.

- Le reste, soit 40%, se dénomme psychothérapeutes. Ils ont une formation hétéroclite (instituts privés, autodidactes, autoproclamés).

- On compte 4 millions d'usagers de la psychothérapie, soit 12 millions de personnes concernées (famille, conjoints, enfants).

- On ne dénombre pas moins de 700 organismes de formation en psychologie et aucun contrôle n'est exercé sur les formations dispensées.

L'encadrement de la profession

L'encadrement du titre de psychothérapeute prévu par la loi se heurte à un lobbying très efficace, notamment celui des psychanalystes, qui refusent qu'un niveau minimum de formation universitaire soit requis pour exercer la profession. Les décrets d'applications de la loi ont été recalés par le Conseil d'Etat, ils sont prêts au Ministère de la Santé, mais ne voient toujours pas le jour.

Les dérives sectaires

Elles concernent toutes les catégories de thérapeutes, M. Georges Fenech, Président de la MIVILUDES, a indiqué par exemple que 3000 médecins avaient été radiés par l'Ordre National des Médecins pour dérive sectaire. Nous essayerons de comprendre ce qui anime ces thérapeutes déviants et en particulier ceux qui pratiquent les thérapies de la mémoire retrouvée (TMR).

Le nombre des thérapeutes adeptes des faux souvenirs

L'évaluation du nombre de thérapeutes des TMR est difficile, mais elle peut être faite selon la méthode de calcul de Mark Pendergrast, exposée dans « Victims of Memory », chapitre « The Scope of the Problem ». Pour les Etats-Unis le nombre de thérapeutes officiels recensés par les organismes professionnels était au moment du calcul de 254.600, nombre auquel il faut rajouter les thérapeutes non déclarés. L’étude de Poole, Debra A., D. Stephen Lindsay, a montré que 25% de ces thérapeutes étaient adeptes de la méthode des souvenirs "retrouvés". Soit, en prenant une évaluation minimaliste, il y avait, à la fin des années 90, environ 62 500 thérapeutes des TMR aux Etats-Unis.

Si on transpose ce calcul pour la France on trouverait environ 7 500 thérapeutes des TMR. Ce chiffre peut paraitre élevé, mais il reste crédible compte tenu des indications de M. Fenech citées plus haut et d'un "freudisme" ambiant très développé.

L'origine des thérapeutes adeptes des faux souvenirs

Selon les témoignages que nous avons reçus, on trouve parmi les thérapeutes de la mémoire "retrouvée" toutes les catégories notées plus haut, et dans des proportions voisines. Un grand nombre d'entre eux sont des thérapeutes autoproclamés, mais aussi médecins, psychiatres et psychanalystes notamment lacaniens*. Certains interviennent dans des conférences et des séminaires, et même parfois ont été experts auprès des tribunaux. Enfin, il faut relever la catégorie des "coach" en entreprise qui se sont emparés de cette "méthode" thérapeutique.

* Citation d'Elisabeth Roudinesco: "La famille est — nous le savons grâce à la psychanalyse — à l'origine de toutes les formes de pathologies psychiques : psychoses, perversions, névroses, etc." (1999, p. 167).

Jacques Van Rillaer, psychologue et professeur à l"Université de Louvain-la-Neuve, critique ces idées préconçues : "Ainsi, peu importent les facteurs biologiques et économiques, les inégalités sociales, l'exploitation d'hommes par d'autres, ce qu'on voit à l'école ou à la TV… Tout est toujours de la faute de la mère ou du père."

Le nombre de patient(e)s victimes des faux souvenirs

Selon l'étude de Mark Pendergrast, chaque thérapeute traite en moyenne 50 patient(e)s par an, et 34% des client(e)s retrouvent en thérapie des souvenirs d’abus dont elles avaient nié l’existence initialement, soit 17 patient(e)s sur 50. On arriverait ainsi, en France, à une épidémie de faux souvenirs "retrouvés" en thérapie de l'ordre de 127.000 victimes, soit 3% du total des usagers des psychothérapies.

Le credo des thérapeutes

Des études approfondies ont été réalisées aux Etats-Unis pour connaitre les motivations des thérapeutes. Michael Yapko a ainsi interrogé les thérapeutes ayant un diplôme universitaire en psychologie (au-delà du niveau Master) et qui participent aux conventions nationales de psychologie. Les résultats sont édifiants, on comprend mieux alors la mode des thérapies de la mémoire "retrouvée" (TMR)

L'étude de M. Yapko

Etude de Michael D. Yapko en 1992 aux USA publiée dans le livre: "Suggestion of Abuse True and False Memories of Childhood Sexual Trauma", NY Simon & Schuster, 1994.

- Données collectées auprès de plus de 800 psychothérapeutes participant aux conventions nationales de psychologie:

- Age moyen des répondants: 44 ans

- Niveau d’études : au-delà du niveau Master et ayant une expérience clinique de plus de 11 ans

Pourcentage de réponses

 

Je suis d’accord avec l’affirmation suivante

40%

Je crois que des souvenirs précoces, même  ceux des premières années de la vie, son enregistrés avec précision et son récupérables

40%

Si les gens ne se souviennent pas bien de leur enfance, c’est en raison d’évènements traumatiques

60%

Un évènement que quelqu’un ne peut pas se remémorer doit avoir été refoulé.

36%

Si un client croit qu’un souvenir est vrai, je dois aussi croire qu’il est vrai si je veux l’aider

84%

La régression vers le passé par l’hypnose (hypnotic age regression) est une technique utile.

75%

 L’hypnose permet aux gens de se souvenir précisément d’évènements oubliés.

47%

 Les psychothérapeutes peuvent avoir une confiance supérieure  dans les détails d’un évènement traumatique lorsqu’il est obtenu par l’hypnose plutôt que par d’autres méthodes *

31%

Quand quelqu’un a le souvenir d’un traumatisme sous hypnose, celui-ci doit objectivement s’être produit 

28% !!!

L’hypnose peut être utilisée pour retrouver des souvenirs de vies antérieures.

 

16%

Il est impossible d’implanter des faux souvenirs chez un patient 

 

Le livre de N. Spanos

Les mythes associés à l’hypnose sont dénoncé par Nicolas Spanos :Faux souvenirs et désordre de la personnalité multiple, De Boeck Université s.a. 1998, p.21 :

* « Ces croyances culturellement admises au sujet de l’hypnose, sont notoirement démontrées comme erronées.. depuis plus de 30 ans ».


Les études de D. Poole

Etude nationale de Debra A. Poole et D. Stephen Lindsay  conduite au hasard auprès de psychologues américains du niveau Doctorat et ayant une part substantielle de clients de sexe féminin.

Poole Debra A. and D. Stephen Lindsay

Psychotherapy and Recovery of Memories of Childhood Sexual Abuse: Beliefs, Practices and Experiences (version1), Unpublished paper; 1994.

Poole Debra A. and D. Stephen Lindsay

“Psychotherapy and Recovery of Memories of Childhood Sexual Abuse: US and British Practitioners’ Opinions, Practices and Experiences (version2), Unpublished paper; 1994.

 

Nombre de répondants : 86

 

 

Pourcentage de réponses

Réponses

76%

Ont utilisé l’une des techniques suivantes pour retrouver des souvenirs :

- régression vers le passé par l’hypnose

- interprétation des rêves

- imagerie guidée

- utilisation de photos  de famille comme indices de la mémoire

- interprétation de symptômes physiques comme souvenirs corporels

60%

Reconnaissent utiliser 2 ou plus de ces techniques

85%

Affirment que certains patients qui avaient nié au départ des souvenirs d’abus sexuels s’en sont souvenus plus tard pendant la thérapie

Quelques thérapeutes ont affirmé que tous leurs patients ont retrouvé des souvenirs

52%

Ont affirmé qu’après la première séance ils étaient à peu près certains qu’ils avaient affaire à un cas de souvenirs refoulés

43%

Ont recommandé à leurs patients de lire « The Courage to Heal »

8%

N’ont jamais eu de jugement rapide concernant l’abus sexuel, les techniques suggestives, et ne considèrent pas   le fait de retrouver des souvenirs comme un objectif thérapeutique important

 

Etude complémentaire de Debra A. Poole et D. Stephen Lindsay en 1994 en reprenant le texte des  questions  pour savoir si toutes les patientes avaient ses souvenirs retrouvés en thérapie, étendue au Royaume Uni.

Nombre de répondants : 56

 

Pourcentage de réponses

Résultats

25%

Le nombre de thérapeutes focalisés sur la mémoire

34%

Des patientes qui avaient nié au départ des abus sexuels s’en sont souvenues plus tard au cours de la thérapie

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