
LES DERNIERES NOUVELLES DES FAUX SOUVENIRS
Faux souvenirs «retrouvés» en thérapie et Justice
Le premier procès en France de 2 victimes contre un thérapeute
- Paris, 10 avril 2012 – Pour la première fois en France, se tenait le procès d’un pseudo thérapeute, Benoît Yang Ting et son épouse, accusés par deux anciens patients de « manipulation mentale ». Celui aurait notamment induit de faux souvenirs chez au moins deux de ses clients. Ainsi mis sous sa coupe après la fausse révélation de ces prétendus traumatismes, ce « thérapeute » aurait réussi à soutirer d’importantes sommes d’argent à ses victimes tout en les éloignant de leurs familles. Il aurait persuadé l’un des plaignants, Bernard Touchebeuf un consultant, que sa mère aurait tenté d’avorter de lui, grâce à une aiguille à tricoter, il aurait "retrouvé" en thérapie le souvenir intra-utérin de cette aiguille bleue (sic), tandis qu’une jeune femme, Sophie Poirot avocate, a été convaincue que son père avait abusé d’elle dans son enfance.
Le Procureur de la République Laetitia Felici, a dénoncé un "couple maléfique", qui s'est rendu coupable d'"abus de faiblesse par manipulation mentale". "Il n'y a rien de thérapeutique dans ce que fait M. Yang Ting", a-t-elle ajouté, dénonçant les actes d'un "charlatan machiavélique", pour finalement requérir 18 mois de prison avec sursis et 100 000 euros d'amende contre l'humanothérapeute et 12 mois avec sursis contre sa femme.
Jugement le 12 juin. Ce cas pourrait faire jurisprudence en France.
Vous pouvez lire les détails de cette affaire et les réactions dans notre page Actualité 2012.
Les limites de l'action en justice
- La justice peut être amenée à intervenir dans les affaires de faux souvenirs, comme l’indique Maitre Daniel PICOTIN dans son article : « Là ou la justice marque son impuissance, c’est d’abord face à la manipulation mentale ». A lire ici.
La loi a créé le délit d’abus de faiblesse et d’ignorance, mais c’est à la victime elle-même de porter plainte. Certes aux Etats-Unis, des jeunes femmes qui ont pris conscience de la manipulation dont elles ont été victimes de la part de leur thérapeute ont porté plainte contre celui-ci. C’est notamment le cas de Laura Pasley qui a ouvert la voie au reflux du Syndrome des faux souvenirs aux États-Unis.
Lire son témoignage: le cas Laura Pasley ici. Sheri Storm, a dernièrement pris contact avec nous. Nous publierons prochainement son témoignage sur le site.Enfin,à la suite du cas Ramona, (la thérapeute a été condamnée à verser un million de dollars aux parents de Holly Ramona) les parents américains des victimes ont entrepris de faire des centaines de procès aux thérapeutes de la mémoire retrouvée et les ont gagnés.
Le résultat est au rendez-vous: Les thérapies de la "mémoire retrouvée" ont disparues de façon spactaculaire aux États-Unis, leur pratique devenant trop risquée pour les thérapeutes.
Lire ici le cas Ramona.Évolution du nombre de cas de faux souvenirs aux États-Unis
Etude effectuée en sur un échantillon de 4400 cas de faux souvenirs retrouvés en thérapie.
Lire l'extrait de l'article "Faux souvenirs et manipulation mentale" décrivant l'évolution du phénomène des faux souvenirs aux Etats-Unis et la sociologie des victimes et de leurs familles.
lire l'extrait ici.
Lire l'article complet : ici
En 2012 la False Memory Syndrome Foundation (FMSF), qui luttait contre cette dérive thérapeutique, cesse de faire faire paraître sa lettre trimestrielle car le phénomène est devenu très faible aux États-Unis. Nous espérons une évolution semblable en France... Ce n'est pas le cas!
- Sortie en septembre 2010 du livre: Les ravages des faux souvenirs ou la mémoire manipulée de Brigitte Axelrad aux Editions book-e-book, 84p, 9€90. site de book-e-book: ici. Il s'agit du premier ouvrage en français sur ce sujet. Il répond aux questions que se posent les victimes, les avocats et les juges.
Note de lecture le 26 octobre 2010: Dans son blog Imposteurs, en défense de la science et du matérialisme scientifique contre tous les charlatanismes et les impostures intellectuelles Anton Suwalki conclut: "Ce livre devrait être mis entre toutes les mains, à commencer par celles de certains représentants de justice…".
Lire la note ici.
Les accusations infondées d'abus sexuel
Une accusation infondée d'abus sexuel sur mineur est un acte consistant à informer les services sociaux, policiers ou judiciaires, par un signalement ou une plainte, du fait :
- d'un soupçon infondé,
- d'une manipulation ou
- d'une pure invention,
qu'une personne majeure aurait commis l'un des délits ou crimes suivants : agression sexuelle, atteinte sexuelle, viol, viol aggravé, sur un mineur . Cet acte déclenche toujours une procédure judiciaire.
Certaines accusations infondées sont le résultat du syndrome des faux souvenirs, qu'ont très bien décrit Elisabeth Loftus et plus récemment en France, Brigitte Axelrad.
Ces souvenirs sont induits par l'action maladroite ou manipulatrice de psychothérapeutes, autoproclamés ou non, s'inspirant d'une théorie étiologique du traumatisme psychique mal interprétée et systématisée. Ils invitent les personnes en souffrance venues les consulter à explorer leur passé, et les amènent par divers artifices à y trouver des épisodes d'abus sexuels soi-disant « refoulés » par l’inconscient et censés avoir été enfouis pendant des années. Les « souvenirs retrouvés » surviennent parfois plusieurs dizaines d’années après et sans corroboration extérieure possible. Ces personnes sont dès lors convaincues d'être des victimes, et fondées à engager des poursuites contre leurs abuseurs présumés. Aux Etats-Unis et en Grande Bretagne les procès sont encore nombreux.
La loi de nombreux pays prévoit un délit de « dénonciation calomnieuse » En France, le Parquet ne prend pas l'initiative de cette poursuite, et c'est malheureusement aux mis en cause de le faire, alors qu'ils n'en ont plus ni les ressources morales ni financières. Dans la pratique, il est très difficile d'obtenir une condamnation pour ce motif : paradoxalement, la présomption d'innocence à laquelle les mis en cause n'ont pas eu droit est parfaitement appliquée à l'autre partie. Il est demandé aux mis en cause de prouver que leurs accusateurs étaient absolument de mauvaise foi et qu'ils avaient une intention délibérée de nuire, ce qui est très difficile.
La plupart des mis en cause innocentés déplorent la réticence de la Justice à condamner les auteur(e)s d'accusations infondées et à leur octroyer les réparations qu'ils méritent pour les nombreux dommages subis. La loi du 9 juillet 2010 modifie la définition du délit de dénonciation calomnieuse et permet désormais une quasi-impunité.
Les victimes de ces accusations infondées doivent s’entourer des conseils d’un avocat spécialisé dans ce genre d’affaire, en effet la plupart des avocats, des experts, et des juges ignorent encore largement le phénomène des faux souvenirs.
Dans les médias, chez les politiques et dans le public il y a une grande réticence à reconnaître l’existence de ce phénomène. Celle-ci peut être expliquée en partie par la peur d'apparaître comme un défenseur de véritables abuseurs.
Le contexte judiciaire et les faux souvenirs
- Dans une chronique de 7 minutes sur France 5 du Magazine de Santé ** le 24 novembre 2011 le neurologue Laurent Cohen explique comment le cerveau fabrique de faux souvenirs. Il rappelle qu'on peut facilement implanter de faux souvenirs, les victimes y croient ensuite fermement et de bonne foi. "La mémoire est très proche de l'imagination" dit-il. Il passe ensuite en revue les tests de mémoire notamment celui de Deese-Roediger-McDermott (DRM) qui révèle des faux souvenirs avec des listes de mots. Le test des associations lointaines est quand à lui révélateur d'un esprit créatif. Dans un contexte judiciaire il faut donc selon lui être très prudent avec les témoignages.
** Séquence de 37':45" à 45':10" à revoir ...ici- La revue Le Cercle Psy N°3 de décembre 2011 contient un article de Martin Gay-Lussac intitulé
" Faux souvenirs: les psychologues peu informés...
Une enquête menée en Norvège avec 857 psychologues agrées, a de quoi semer l'inquétude :"la majorité des psycholologues n'est pas au courant des recherches récentes sur la mémoire et semble ignorer les risques de faux souvenirs. Les 2/3 des psychologues (63%) estiment que des adultes peuvent soudain se souvenir d'évènements traumatiques anciens au cours d'une psychothérapie et oubliés jusque-là - idée largement contestée par la pluspart des recherches sur la question. En outre 38% des psychologues interrogés pensent que des adultes peuvent refouler, puis se souvenir avoir commis un crime. Parmi ces psychologues 12% ont déjà été appelés comme experts auprès des tribunaux..."
Ces chiffres confirment l'étude de Michaël Yapko faite aux États-Unis en 1990. L'Europe a donc 20 ans de retard sur la question. Il est dommage qu'une étude similaire n'ait pas encore été effectuée en France.- La recherche universitaire en Belgique sur les faux souvenirs est soutenue, plus spécialement à l'Université de Liège au Département de Psychologie: Cognition et comportement (Cognitive Psychology Unit). Nous connaissions déjà les travaux des Professeurs Serge Brédard et Martial van der Linden, mais une jeune enseignante Hedwige DEHON effectue un travail remarquable sur le sujet. Elle a publié de nombreux articles et présenté sur ce thème des conférences, même chez nous, à l'Ecole Nationale de la Magistrature à Paris en Décembre 2010. L'Université de Liège vient de publier, en août 2011 et en français, un dossier pour le grand public: «Faux et usage de faux souvenirs / Faux et forgé ». Vous le trouverez ...ici
La pression de la psychanalyse et des psychanalystes semble moins forte en Belgique que chez nous, ce qui donne une plus grande liberté pour entreprendre ces recherches.- Loïc Sécher est acquitté le 24 juin 2011, autopsie d'une erreur judiciaire sur des abus sexuels imaginaires:
Les experts, les gendarmes, les psychiatres, les juges, l’opinion publique une fois de plus victimes de leur ignorance et de leurs préjugés. Il ne s’agit pas ici de manipulation par un thérapeute mais de la manipulation d’une enfant fragile par son entourage (enseignants, police, parents...). Pour l'expert psychiatre, les symptômes d'Emilie (anorexie, cauchemars, réactions phobiques, inhibition, crises d'angoisse...) étaient typiques de "ce qu'on voit habituellement chez les victimes d'abus sexuels". L'analogie avec les faux souvenirs "retrouvés" en thérapie est frappante.Le dernier réquisitoire d'un avocat général exemplaire
Vous pouvez lire le dossier que nous avons constitué ...ici
Le Figaro du 28/06/2011 publie un article sur François-Louis Coste, avocat général, qui a obtenu l'acquittement de Loïc Sécher, cet ouvrier agricole, injustement condamné pour viols sur une mineure et emprisonné à tort pendant sept années. Son humanité aura plongé les bancs de l'auditoire dans un silence ébahi. «Je m'incline, Monsieur, et je salue votre courage…», a-t-il dit à Loïc Sécher.
La veille, la jeune femme, très fragile psychologiquement, a de nouveau été entendue, à huis clos, par la cour. Selon des avocats, elle a répété avoir menti en 2000 quand elle avait accusé Loïc Sécher de viol.
Au moment où il prend sa retraite,François-Louis Coste, livre son analyse sur la justice:
- «On ne peut aller à l'audience que sur des éléments sûrs et vérifiés, pas sur des impressions»
- «On doit avoir une exigence de curiosité, être d'abord fidèle à la loi plutôt qu'à ses supérieurs hiérarchiques et, surtout, avoir un réel respect des témoins: brusquer, extorquer, suggérer conduit à trop d'erreurs»
C'est ce qu'il tient à transmettre de ses trente-huit ans de carrière. Me Jean-Marc Florand, pourtant connu pour avoir la dent dure contre les magistrats dit de lui: «Son humilité et sa discrétion sont exemplaires, c'est un grand, de ceux qui ne font ni bruit, ni effets de manche. S'il y avait un avocat général parfait, il rentrerait dans les clous!». Le pénaliste Me Éric Dupond-Moretti reconnaît: «Il a toujours fait preuve d'une très grande intégrité morale et intellectuelle, d'un grand courage aussi».- Christian Iacono libéré le 22 juin 2011.
Christian Iacono, médecin estimé et ex-maire de Vence a été libéré après 13 mois de prison. Il avait été condamné à deux reprises à 9 ans de prison pour le viol présumé de son petit-fils Gabriel. Celui-ci s’est rétracté après l’avoir accusé pendant 11 ans. Les raisons invoquées par le petit-fils pour dédouaner son grand-père :« J’ai menti pour rapprocher mes parents après leur divorce ». Une telle accusation par un enfant de 9 ans laisse perplexe, a-t-il été manipulé? et par qui?. Une fois de plus cette affaire remet en cause les verdicts d’assises en France, la crédibilité de certains experts et la facilité pour la justice d'accepter, sans preuve, des accusations d'abus sexuel.- Le journal anglais Le Guardian publie le 25 novembre 2010 un article du Professeur Chris French intitulé: "Les faux souvenirs d’abus sexuels conduisent à de terribles échecs de la justice". cet article est proposé de façon judicieuse aux professionnels abonnés à l'extranet "PsY en mouvement" le 27 novembre 2010. C'est le site d'informations et d'échanges pour les Psychiatres, Psychologues, Psychanalystes et Psychothérapeutes..sur la Psychothérapie, qui compte à l'heure actuelle plus de 4000 psys en France. L'article est accessible en français ici....
La situation aux Etats-Unis
Dans sa lettre (automne 2009), de la FMSF (False Memory Syndrome Foundation), notre collègue Pamela Freyd écrit :
Les «souvenirs refoulés-récupérés »… sont au mieux décrits comme du folklore psychiatrique pernicieux, dépourvu de preuves scientifiques convaincantes. Ces théories sont incapables d'aider de manière fiable au processus judiciaire. De notre point de vue, ces notions controversées et sans support réel ont provoqué d’incalculables dommages dans les domaines de la psychologie et de la psychiatrie, détruit des dizaines de milliers de familles. Elles ont gravement nui à la crédibilité des professionnels de la santé mentale, et induit en erreur le système législatif, judiciaire, civil et pénal, et ont conduit à de nombreux dénis de justice.
... Les notions de refoulement et de personnalité multiple sont profondément enracinées dans la croyance culturelle (ndt: des Etats-Unis), sauf s'il y a un mouvement concerté de la part des organisations professionnelles ou une plus grande responsabilité de la part des médias, les souvenirs refoulés récupérés et la personnalité multiple sont susceptibles de rester dans la culture populaire même s’ils sont de plus en plus considérés avec scepticisme dans les milieux judicaires.
... Mais les progrès sont lents, en dépit de l'ignorance et de l'irresponsabilité. Il y a eu une bonne publicité lorsque le témoignage signé par 100 scientifiques, au titre de personnes qualifiées a été déposé auprès de la Cour suprême du Massachusetts. Celle-ci doit prendre une décision a propos du statut scientifique des souvenirs refoulés récupérés. S'ils décident que les souvenirs refoulés récupérés ne sont pas fiables, cela nous rapprochera du jour où la FMSF ne sera plus nécessaire.
Source FMSF, traduction française Psyfmfrance.
La situation au Royaume-Uni
Les tribunaux ne font pas confiance pas au seul souvenir d’une personne. Times, 11 juillet 2008
"Dans quelle mesure les tribunaux devraient-ils s'appuyer sur le souvenir d’une personne? Le rapport publié aujourd'hui par la British Psychological Society a mis à l'épreuve le souvenir - et a trouvé à qu’il laisse à désirer... Le professeur Martin Conway, l'auteur principal du rapport a raison d'appeler à plus de prudence dans l'utilisation comme la preuve de souvenirs non corroborés. Le cynisme sur "la récupération" de souvenirs d'abus sexuel des enfants a conduit à la création de toute pièce du Syndrome des Faux Souvenirs. Mais, sans aucune autre de preuve, ces allégations ne devraient avoir aucun succès. Les juges donnent déjà des conseils de prudence aux jurys lorsque les preuves sont fondées sur des souvenirs."
En Grande Bretagne une patiente victime de la "thérapie des faux souvenirs" gagne son procès
Une femme qui avait faussement accusé son père de viol après avoir suivi une psychothérapie déviante a reçu un dédomagement de 20.000 livres des responsables de la Santé Publique. Katrina Fairlie, 37 ans, a poursuivi en justice le Service National de Santé de Tayside, en affirmant que c'est le traitement "de la "mémoire retrouvée" qui a déclenché les accusations qui ont détruit sa famille. Ms Fairlie, est la fille de l'ancien chef-adjoint du Scottish National Party, Jim Fairlie; elle avait suivi cette thérapie au Perth's Murray Royal Hospital en 1994.
Source BFMS, traduction Psyfmfrance.
La situation en France
En France nous n’en sommes pas là, l’ignorance du milieu judicaire est quasi générale, c’est pourquoi nous avons décidé de créer cette page : Faux souvenirs "retrouvés" en thérapie et Justice
- Un article du site Psyvig en date du 30 juillet 2008 démontre la persistance auprès des experts judiciaires, des théories psychanalytiques à l'origine des "thérapies de la mémoire retrouvée".
"L’affaire d’Outreau a démontré que des convictions d’«experts» ont conduit douze enfants à la «reviviscence visuelle, kinesthésique, auditive (…)» de traumatismes sexuels qu’ils n’avaient pas vécus et que des théories psychanalytiques sexualisant tout à outrance ont servi à garantir ou cautionner aveuglément des accusations mensongères scandaleuses qui ont détruit des vies et des familles".
Lire l'article complet ...ici"
M. Paul MESSERSCHMITT pédiatre, pédopsychiatre remarque:
"Le procès d’Outreau montre la sexualisation outrancière des théories relationnelles dans notre culture, laquelle véhicule des notions psychanalytiques mal comprises et mal vulgarisées.... Il est probable que nous ayons assisté à une grande hystérie collective.... Il y a une hystérie associative. Il y a une hystérie d’un certain nombre d’institutions, à partir d’un véritable souci de dépistage des abus. Il y a une hystérie des avocats, et, pourquoi pas, une hystérie des experts."- Nous avons interrogé des avocats et des procureurs qui ignorent souvent « les faux souvenirs induits par le thérapeute et « retrouvés en thérapie. Le rapport 2008 de la Miviludes a fait découvrir ce phénomène à la presse et au grand public, mais un avocat nous a indiqué que dans les affaires de faux souvenirs il doit souvent amener ce rapport et le faire lire au juge.
- Nous avions écouté avec plaisir Maitre Daniel PICOTIN au cours du colloque National du GEMPPI en 2008 qui avait parlé de ce problème avec compétence. Il se bat pour le faire connaître et nous a indiqué cette année, en 2009, qu'il avait mis sur pied un enseignement pour les avocats.
Il nous a écrit :
Bordeaux, le 8 Octobre 2009
«... J'ai bien reçu votre message suite à notre entrevue au colloque du GEMPPI. S'agissant de mon initiative de donner des cours en école d'avocats, j'en ai eu l’idée en lisant le rapport de la mission confiée à Monsieur Georges FENECH «la justice face aux dérives sectaires: réflexion et évaluation du dispositif judiciaire de lutte contre les dérives sectaires» publié en juillet 2008, avant qu'il ne prenne ses fonctions de Président. Il pointait notamment l'ignorance du monde judiciaire et des Avocats en particulier. Je vous prie de trouver, sous ce pli, pour votre pleine gouverne, le plan de mon intervention, sachant que j'ai commencé à enseigner à l'Ecole des Avocats de POITIERS en mai dernier, où je retournerai l'an prochain, ainsi qu'à l'Ecole d'Avocats de la MARTINIQUE puisque tous les départements d'Outre Mer sont assez touchés par ce phénomène… »Vous trouverez ici des extraits de son article dans la revue du CCMM. à lire ici.
Lien vers le blog de Maître Daniel Picotin: cliquer iciExtraits de la page du blog intitulée: "Droit des dérives sectaires"
Le délit d'abus de faiblesse
- "Le délit d’abus de faiblesse : loi ABOUT PICARD 12 juin 2001 Article 223-15 du Code Pénal :
Si le parlement n’a pas voulu aller jusqu’à sanctionner en droit pénal la manipulation mentale, il a tout de même introduit la notion d’abus de faiblesse qui « réprime l’abus frauduleux de l’état d’ignorance ou de la situation de faiblesse d’un mineur ou d’une personne particulièrement vulnérable en raison de son âge, d’une maladie ou d’une infirmité. Il protège aussi désormais la personne en état de sujétion psychologique ou physique résultant de l’exercice de pressions graves ou réitérées ou de techniques propres à altérer son jugement pour la conduire à des actes ou à des abstentions qui lui sont gravement préjudiciables ». L’expérience prouve que ce texte est utilisable dans la plupart des dossiers de droit pénal puisque c’est justement grâce à la sujétion psychologique que des gourous et autres manipulateurs arrivent à leurs fins. La difficulté de cette législation est le fait qu’une personne sous influence psychologique ne peut se plaindre que dès lors qu’elle en est sortie **, son environnement familial ou amical ne pouvant agir. C’est à la victime elle-même de porter plainte alors que l’adepte sous influence accepte apparemment le sort peu enviable qui lui est fait… C’est le fruit même de la manipulation mentale. Le droit des dérives sectaires est la confrontation du droit aux spécificités de la sujétion, emprise, manipulation mentale, réalisée par les gourous et autres « dérapeuthes ». Or, si le droit et la jurisprudence s’adapte plus ou moins lentement, les sciences humaines et l’utilisation faite par les manipulateurs sont rapides et sans limite. La compréhension du phénomène est essentielle pour tenter d’aider les individus face à des situations difficilement compréhensibles pour le grand public, voire pour certains professionnels de la justice."
** Note: Le procès Benoît Yang Ting vient d'en apporter la preuve.
Le droit de visite des grands-parents
- Lorsque les deux parents sont sous emprise, les grands-parents peuvent se trouver très démunis. Ils peuvent néanmoins faire appel au Juge aux Affaires Familiales en utilisant les dispositions de l’article 317-4 du Code Civil : «L’enfant a le droit d’entretenir des relations personnelles avec ses ascendants. Seul l’intérêt de l’enfant peut faire obstacle à l’exercice de ce droit. Si tel est l’intérêt de l’enfant, le Juge aux Affaires Familiales fixe les modalités des relations entre l’enfant et un tiers, parent ou non ». La jurisprudence, en pratique, laisse ressortir que ce droit n’est pas toujours facile à mettre en œuvre. Il est pourtant important que les grands parents restés dans le monde social normal puissent continuer à voir les petits-enfants, pour un jour, tenter de les éveiller si eux-mêmes sont élevés dans des principes sectaires."
D'autres avocats ont acquis une bonne connaissance des faux souvenirs retrouvés en thérapie et peuvent aider les familles lors des actions en justice. Nous avons entendu, lors de la conférence de Viuz-en-Sallaz, organisée par l'ADFI 2 Savoies-Isère une intervention pertinente et documentée de Maître Roselyne Duvouldy sur ce sujet.
Témoignages
"Marie s’inventait de faux souvenirs"
Metro - 03-04-2008 - Alexandra Bogaert [Texte intégral]
Une mère accusée avec son mari à torts par leur fille d’abus sexuel témoigne
Pour Françoise*, 58 ans, ses deux filles, «c’est toute [sa] vie». Pourtant, Marie*, la cadette, lui a fait vivre pendant près de deux ans un «véritable enfer». En 2005, Marie*, 30 ans à l’époque, tombe enceinte. Sa situation sociale n’est pas stable. «Elle venait de déménager avec son ami – qu’elle connaissait depuis peu - loin de chez nous», raconte Françoise. Lors d’un examen de grossesse, une sage-femme qui trouve Marie fragile lui donne l’adresse d’une psychologue diplômée, qui pratique aussi la psychothérapie. «C’est là que l’enfer a commencé», relate Françoise.
La famille est «très soudée» et les contacts entre Marie et ses parents réguliers. D’où la surprise de Françoise quand elle reçoit, quelques jours avant Noël 2005, une lettre de sa fille. Les propos tenus sont «horribles». «Elle y écrivait que, grâce à sa psychologue, elle avait compris qu’elle avait toujours été maltraitée, mal aimée, que plus jamais elle ne serait notre victime et que si on voulait voir son bébé, il faudrait qu’un juge aux affaires familiales (JAF) nous y autorise. On était abasourdi.»
Mais ce n’est pas tout. Dans un autre courrier, adressé aux frères et sœurs de Françoise, Marie écrit que - toujours grâce à sa psychologue - elle se souvient avoir subi des sévices physiques, moraux et sexuels . «Attouche- ments, viols ? Mes frères et sœurs lui ont posé la question. Marie a hésité puis répondu que des revues porno étaient cachées dans ses jouets.» Débute alors pour Françoise et son mari une longue quête pour savoir qui est cette psy qui semble « avoir enlevé le cerveau » de leur fille. Mais Marie, qui assiste à une séance par semaine, ne répond plus aux mails ni au téléphone. Désemparée, Françoise demande un droit de visite de sa petite-fille auprès du JAF. «Mais la psychologue a écrit au juge pour nous refuser tout droit de visite. Et lui a suivi son avis !» Cette démarche n’est toutefois pas été totalement vaine : «J’avais enfin le nom et l’adresse de la psychologue, et j’ai immédiatement porté plainte contre elle.» Une plainte classée sans suite, pour délit insuffisamment caractérisé.
Françoise, son mari et sa fille aînée sont au 36e dessous. «Les anti-dépresseurs m’ont fait prendre dix kilos, je m’évanouissais au moindre effort. Si ma fille aînée ne m’avait pas prise en charge, j’aurais fait un «C’était terrible. Mais ça m’a permis d’expliquer ma situation aux policiers, qui ont aussi entendu la psy. J’ai alors appris qu’elle demandait à Marie de tenir un journal intime dans lequel Marie s’inventait de faux souvenirs. Elle était manipulée.» Et ? «Rien, constat d’impuissance totale.»
Au bout d’un an et demi de démarches, Françoise se résout à louer un appartement dans le Jura, à côté de chez sa fille, «pour voir [sa] petite-fille grandir, de loin». Pas la peine. Un mois avant la signature du bail, coup de fil de Marie. Elle autorise ses parents à voir son enfant. Sa psychologue ayant arrêté les séances de psychothérapie peu de temps avant, elle n’est plus sous influence. La famille se recompose. «Mais Marie est dans le déni. Cette période si horrible pour nous, où elle nous a fait tant de mal, elle semble l’avoir occultée. C’est le trou noir, comme si cette coupure et toutes ces souffrances n’avaient jamais existé.»
* les prénoms ont été modifiés
Appel à témoignages
Nous souhaitons recueillir vos témoignages concernant votre expérience en justice, par exemple pour obtenir le droit de revoir vos petits-enfants. Nous recevrons volontiers les contributions d’avocats, de juges, de procureurs confrontés à ce problème. Bien entendu, ces contributions resteront anonymes, elles doivent juste aider les victimes à mieux décider de leur action.
Merci.