Faux souvenirs induits en psychothérapie et fausse mémoire

Les psychothérapeutes

Leur formation, l'évaluation et l'attribution du titre.


Pamela Freyd (Managing Director de la FMSF, False Memory Syndrome Foundation) nous écrit en octobre 2009:
«Si la psychothérapie vécue par nos enfants avait été basée sur des connaissances scientifiques solides, le problème du Syndrome des Faux Souvenirs (FMS) n’aurait jamais eu lieu.»
"If the psychological therapy experienced by our children had been based on solid scientific knowledge, the FMS problem would never have happened"




Le nombre de psychothérapeutes adeptes des TMR
et le nombre de victimes.

Aux États-Unis, l'étude des chercheurs Poole et Pendergrast (cité par Mark Pendergrast, dans « Victims of Memory », Vermont, Upper Access Book, 1995) chiffre à 62 500 le nombre de thérapeutes utilisant la technique de la "mémoire retrouvée", (TMR) et à 1 million le nombre de victimes, au sommet de la vague (dans les années 1995).

En France: Les organisations professionnelles de psychologues comptent 15 000 membres répertoriés. A ce chiffre il faut bien entendu ajouter les autres catégories de thérapeutes professionnels : les médecins, et les psychiatres. Enfin s'ajoutent les milliers de thérapeutes sans formation, autoproclamés, somatothérapeutes, energéticiens et...tous les charlatans et autres gourous.
Aucune étude sérieuse n'a vu le jour pour identifier les thérapeutes adeptes des TMR. On peut seulement estimer le nombre des thérapeutes adeptes de la technique de "la mémoire retrouvée" , en appliquant méthode des chercheurs américains, entre 5 000 et 10 000 praticiens et à environ 100 000 le nombre de patients victimes de faux souvenirs.
Selon la Miviludes (citée dans le reportage de TF1 du 30 Août 2011), plus d'un quart des 15 000 psychothérapeutes français répertoriés par leurs organisations professionnelles, soit plus de 4000 psychothérapeutes officiels, pratiqueraient des thérapies visant à faire retrouver de faux souvenirs d'abus dans l'enfance.


La formation des psychothérapeutes et l'évaluation des thérapies.

L’accréditation des thérapeutes aux Etats-Unis en question…

Les Etats-Unis se préoccupent de changer le mode d’accréditation des psychologues cliniques. Dans un article de Newsweek du 12 octobre 2009, intitulé:
« Pourquoi les psychologues rejettent la science ?». Sharon Begley réagit au rapport à paraître en novembre 2009 intitulé:

PROPOSITION POUR UN NOUVEAU SYSTEME D'ACCREDITATION EN PSYCHOLOGIE
de Timothy Baker, Richard McFall, et Varda Shoham de l’Université du Wisconsin, qui sera publié dans le journal Psychological Science in the Public Interest, 9 ( 2), 67-103.

Elle relève le refus de certains thérapeutes de mettre en œuvre les thérapies cognitives et cognitivo-comportementales (enseignant aux patients à réfléchir de manière nouvelle, plus saine, et à agir selon ces nouvelles façons de penser) qui ont fait la preuve scientifique de leur efficacité. Elle attribue cette attitude au manque de formation en « sciences dures » des psychologues en particulier dans les doctorats de psychologie. Elle prévient que les assureurs privés refuseront de rembourser les thérapies qui n’ont pas fait la preuve de leur efficacité, conduisant les psychologues, tout droit à la marginalisation et au discrédit.

La formation en France...peu scientifique

Comme le confirme Christophe André, psychiatre à l'hôpital Sainte-Anne à Paris , dans un débat avec Simon-Daniel Kipman (Le Figaro, 24 octobre 2005) à lire ...ici :
« Hélas, dans les facs de psycho, les étudiants sont majoritairement formés sur une base quasi exclusive de références psychanalytiques. Ils ne sont que très peu au fait des avancées de la neuro-anatomie, de la neurobiologie,de la génétique et de la pharmacologie, très peu ouverts aux thérapies autres qu'analytiques…»

L'évaluation des thérapies...inexistante

Le débat sur l'évaluation n'a pas eu lieu en France. En effet, lors de la parution en 2004 du rapport de l’INSERM sur l'efficacité comparée des différentes pratiques thérapeutiques, celui-ci s’est heurté à l’opposition des psychanalystes conduisant le Ministre de la Santé de l’époque M. Philippe Douste-Blazy à retirer ce rapport du site du Ministère. Vous pourrez lire ci-après les articles sur ce sujet.
Le débat sur l’évaluation des psychothérapies n’a toujours pas avancé, laissant le champ libre aux innombrables thérapeutes autoproclamés et aux thérapies déviantes.


Les psychanalystes s'opposent à l'évaluation de leurs pratiques!

En effet, lors de la parution en 2004 du rapport de l’INSERM, celui-ci s’est heurté à l’opposition des psychanalystes conduisant le Ministre de la Santé de l’époque M. Philippe Douste-Blazy à retirer ce rapport du site du Ministère. Vous pourrez lire avec intérêt les articles sur ce sujet : Dans Libération : La colère des psychanalystes fait reculer Accoyer. lire ici. Dans Le Monde : Et Philippe Douste-Blazy déclara sa flamme à la psychanalyse. lire ici. Dans Le Nouvel Observateur : Jacques Alain Miller mis à mal par les internautes (forum). lire ici.
Dans le forum mentionné ci-dessus nous avons relevé cet échange entre des internautes et Jacques-Alain Miller (JAM):
Question de : Internaute (postée le 22/09/2005 à 18h03):
Pourquoi les psychanalystes refusent-ils l'évaluation scientifique de leurs pratiques?
Réponse de JAM: Ce qui nous dérange c'est le parti de l'évaluation, car tout ne peut pas se mesurer, et c'est le plus précieux... Il ne suffit pas de mesurer et de quantifier pour être scientifique.

Christophe André répond: Ce qui me paraît caractériser une science, c'est de se montrer capable de remettre en question toutes ses hypothèses [...]Si la thérapie d'inspiration psychanalytique veut se positionner comme soin, comment pourrait-elle refuser l'évaluation ? Un soin doit être évalué pour se perfectionner : les patients nous confient leurs souffrances et leur santé, nous avons des responsabilités envers eux.


Les méthodes thérapeutiques

Une véritable liste à la Prévert...

Vous trouverez cette liste dans notre page ...ici




L'attribution du titre de psychothérapeute

- La loi du 9 Août 2004 qui réglemente la profession de psychothérapeute a enfin son décret d'application, publié le 20 mai 2010.
Un peu d'histoire... Monsieur Bernard Accoyer, médecin et député, a proposé en octobre 2003 à l’Assemblée Nationale un amendement qu’il justifiait en ces termes :

"Des personnes, insuffisamment qualifiées ou non qualifiées, se proclament elles-mêmes « psychothérapeutes ». Elles peuvent faire courir de graves dangers à des patients qui, par définition, sont vulnérables et risquent de voir leur détresse ou leur pathologie aggravée. Elles connaissent parfois des dérives graves. (…) Cette situation constitue un danger réel pour la santé mentale des patients et relève de la santé publique. Il est donc indispensable que les patients puissent être clairement informés sur la compétence et le sérieux de ceux à qui ils se confient. Il convient donc de considérer les psychothérapies comme un véritable traitement. A ce titre, leur prescription et leurs conduites doivent être réservées à des professionnels détenteurs de diplômes universitaires, attestant d’une formation institutionnelle, garantie d’une compétence théorique, pouvant être doublée d’une expérience pratique".

Ce texte se heurta à des oppositions farouches, notamment du puissant lobby des psychanalystes. Cette "guerre des psy" retarda de plus de 6 ans la publication des décrets d'application de la loi du 9 août 2004 destinée à règlementer la profession de psychothérapeute.
Le décret vient enfin d'être publié (20 mai 2010), mais le texte de Bernard Accoyer a été partiellement vidé de sa substance et les psychanalystes auront le droit de revendiquer le titre de psychothérapeutes en étant dispensés partiellement de la formation et du stage pratique prévu.
Le texte du décret prévoit en outre que les formations peuvent avoir lieu en dehors du cadre universitaire et cela ouvre la voie à des instituts privés de formation dont la compétence et le sérieux seront difficiles à évaluer.
Dommage que les victimes des thérapeutes déviants ne soient pas mieux protégées. lire le décret d'application.


Vous pourrez lire sur ce sujet les articles très complets du Professeur Esteve Freixa i Baqué** dans la revue Science... et Pseudosciences :
- L’usage du titre de psychothérapeute au Journal Officiel : la protection des patients, la grande oubliée (SPS N° 291 juillet 2010) ...ici
- Le pouvoir (pas le moins du monde occulte) des psychanalystes (SPS N° 293 décembre 2010) ...ici

** Esteve Freixa i Baqué est professeur d’épistémologie et de sciences du comportement à l’Université de Picardie.


... les organisations professionnelles s'inquiètent

Syndicat National 
des Psychologues

Le Syndicat National des Psychologues (SNP) s’inquiète de la situation inextricable dans laquelle se trouvent les psychologues qui pratiquent des psychothérapies, depuis la parution du décret du 20 mai 2010. Il s’est adressé au Président de l’Assemblée Nationale Monsieur Bernard Accoyer.
« Le président Bernard Accoyer nous a rappelé son attachement à la défense du public et s'est déclaré en accord avec le fait que les psychologues puissent pratiquer la psychothérapie dans le cadre de leur activité, sans avoir à porter le titre de psychothérapeute... Le SNP a attiré son attention sur les graves conséquences que la situation actuelle pourrait créer pour les nombreuses personnes suivis actuellement en psychothérapie par des psychologues… Le Président Bernard Accoyer souligne, ainsi que le démontre, dit-il, la lettre de l’article 52 comme les débats parlementaires, que le législateur n'a pas entendu remettre en cause la possibilité des psychologues et psychologues cliniciens, professionnels dûment diplômés, à recourir aux psychothérapies dans le cadre de leur activité… Nous attendons la publication, par le Ministère de la Santé, d'une circulaire rappelant cette légitimité des psychologues à pratiquer la psychothérapie, circulaire que Bernard Accoyer appelle de ses vœux.»



... les médias ont rendu compte de ce décret

Vous pouvez aussi voir le reportage, très bien fait, de FR2 du 10 juin 2010 au journal de 20H, qui traite de ce sujet. Une patiente raconte dans ce reportage comment son thérapeute lui a fait croire à de faux souvenirs d'inceste. Mais fort heureusement elle a arrêté sa thérapie et se reconstruit lentement. Voir la vidéo de 3'41".